Star Wars : sommes-nous des fans toxiques ?

Ne sommes-nous pas, parfois, trop passionnés par la saga ? Notre amour pour la licence ne se change-t-il pas en toxicité quand les choix nous déplaisent ? Serions-nous, finalement, « une fanbase toxique » ?
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En 2022, l’acteur Simon Pegg (Shaun dans « Shaun of the Dead », Unkar Plutt dans « Le Réveil de la Force ») déclarait : « Pour être honnête, […] la fanbase de Star Wars semble vraiment être la plus toxique en ce moment. » Si ces paroles peuvent sembler extrêmes, ne cachent-elles pas pour autant une part de vérité ? Ne sommes-nous pas, parfois, trop passionnés par la Saga ? Notre amour pour la licence ne se change-t-il pas en toxicité quand les choix nous déplaisent ? Serions-nous, finalement, « une fanbase toxique » ?

Si les premiers épisodes de The Acolyte divisent, ils remettent en lumière un des problèmes de la Saga : la toxicité des fans. L’Audience Score de Rotten Tomatoes n’arrive même pas à dépasser les 20% à cause d’un review bombing agressif de la part de centaines de personnes. Sur les réseaux, les fans se déchainent. Captain Popcorn, Absolute, Planète Star Wars et d’autres évoquent sur X les vagues de haine et d’insultes qui affluent à chaque mention de la série. À lire les différents avis, « The Wokelyte », «Woke Wars », on en vient à se demander ce qui est exactement reproché. La qualité de la série, vraiment ?

Alors, allons-nous trop loin ? Dans notre volonté de « protéger » une Saga qui n’a cessé de se réinventer, dans notre passion pour cet univers ? Et si nous étions déjà allés trop loin ?

Disney/Lucasfilm

Ahmed Best, Jake Lloyd : les conséquences du harcèlement

Les histoires sont connues, mais il est toujours utile de les rappeler. La Menace Fantôme, à sa sortie, ne fut pas vraiment plébiscitée par les fans. En effet, tout y passe, le jeu des acteurs, le scénario, les midi-chloriens, les fonds verts.. Rien ne semble aller aux yeux des fans. Et leur déception ne va malheureusement pas se changer en critique constructive. Jake Lloyd (Anakin Skywalker enfant) va subir une telle vague de haine qu’il ne s’en remettra jamais totalement. Le stress, dû au harcèlement qu’il subit, va participer au déclenchement de crises psychotiques. Diagnostiqué schizophrène, il aura cumulé passages en hôpital psychiatrique et en prison.

Voussa connaissez luissa, Ahmed Best, l’acteur derrière Jar Jar Binks, n’aura pas mieux vécu le « succès » de la prélogie. Les fans l’arrêtent dans la rue, l’insultent, le ridiculisent. A tout juste 26 ans, il se prend de plein fouet l’animosité de toute une fanbase qui semble avoir décidé de détester la trilogie avant qu’elle ne sorte. Le harcèlement et la haine le poussent à envisager le pire.

« Je n’avais pas envie de blesser ma famille en faisant cela, donc c’est quelque chose de plus grand que moi qui m’a fait reculer. J’étais toujours perdu. Je n’arrivais toujours pas à trouver mon équilibre, et je ressentais toujours toute cette injustice »

Ahmed Best, pour People

Kelly Marie Tran, Moses Ingram, Humberly Gonzalez : derrière les critiques, le racisme et le sexisme

Récemment, ce sont les acteurs de la postlogie qui ont eu à subir les foudres des fans. Kelly Marie Tran (Rose Tico), notamment, a dû faire face à une avalanche de violence et d’insultes. Si l’écriture de son personnage est peut-être maladroite, les « haters » ne semblent pas capables de différencier le rôle, de l’actrice. D’origine vietnamienne, elle n’est pas épargnée par les préjugés et insultes racistes, étant par exemple renommée « Ching Chong » sur le site Wookiepeedia par un de ses utilisateurs. Elle finira par supprimer totalement ses réseaux sociaux.

Disney/Lucasfilm

En 2022, la série Kenobi fait son arrivée sur Disney+, et réalise, à sa sortie, le meilleur démarrage de la plateforme. Une réussite que Moses Ingram, l’actrice incarnant Reva, ne pourra pas réellement savourer. A bout, elle révèle sur instagram les centaines de messages qu’elle reçoit chaque jour : « tes jours sont comptés », « tu n’es qu’un quota à remplir ». Beaucoup de fans justifient leur colère par l’écriture du personnage et l’acting d’Ingram. Pourtant, lors d’un entretien pour The Independent, l’actrice explique avoir été prévenue, avant la sortie de la série, de la haine qu’elle recevrait : « C’est une donnée que Lucasfilm a anticipé, et ils m’ont dit : c’est une chose qui, malheureusement, devrait se produire. » Le harcèlement pousse Ewan McGregor à réagir sur les réseaux sociaux, pour soutenir son actrice.

Certains membres de la communauté ont attaqué sur internet Moses Ingram. Tout cela me rend malade. Et si vous lui envoyez des messages racistes, vous n’êtes pas un fan de Star Wars pour moi. Il n’y a pas de place pour le racisme dans le monde.

Ewan McGregor

Vous pouvez retrouver la vidéo ici.

Mais les films et séries ne sont pas les seuls médias visés. En effet, le jeu vidéo Star Wars : Outlaws souffre depuis son annonce en 2023 de nombreuses critiques. On reproche au jeu de ne pas laisser la possibilité d’incarner un homme, quand le fait de ne pouvoir jouer que Cal Kestis dans Jedi : Fallen Order ne dérangeait personne. Mais on s’attaque aussi au physique de Kay Vess, pas assez jolie, pas assez féminine. On accuse les studios occidentaux « d’enlaidir » les femmes, mettant en parallèle la physique « parfaite » de EVE dans Stellar Blade. Car, apparemment, une contrebandière hors-la-loi se doit avant tout de satisfaire le regard masculin.

Les origines de la toxicité

Si la haine des fans n’est pas récente, elle semble tout de même s’accentuer avec le temps. Mais d’où vient cette toxicité ? Bien qu’elle ne soit pas inhérente à Star Wars, il est impossible de nier qu’elle y est particulièrement présente et bruyante.

Nous sommes tellement investis dans la Saga, que nous pouvons parfois avoir le sentiment de la posséder. Nous nous approprions Star Wars comme si cet univers nous appartenait. Et c’est assez normal. Néanmoins, pour certains, ce sentiment de possession s’accompagne d’un désir (ou d’une peur) de protéger son bien. Le moindre changement serait donc un danger, un risque de « perdre » la Saga. A cela, se rajoute le processus du gatekeeping, consistant à restreindre l’accès à un savoir, ou une œuvre. On y filtre ce qui en sort, et qui y rentre, pour conserver un semblant « d’exclusivité », presque de supériorité sur ceux « qui ne savent pas ».

Disney/Lucasfilm

« La haine mène à la souffrance »

Alors, sommes-nous une fanbase toxique ? Et bien, oui.. et non. Les fans de Star Wars sont capables du pire, comme nous l’avons vu. Mais également du meilleur. Star Wars réunit, rassemble, fédère. Star Wars nous offre une communauté, un refuge. Ce sont les troopers de la 501ème Légion qui font sourire les enfants dans les hôpitaux. Ce sont les amitiés qui se créent autour d’un panel d’une Star Wars Celebration. La possibilité pour ceux qui sont seuls, de trouver leur « chez-eux ». C’est de la passion, de la créativité, de l’imagination, du temps, de l’engagement, de l’amour. Alors quitte à nourrir une fanbase à notre petite échelle, autant la nourrir de bienveillance. Ne créons plus de « cas Jake LLoyd ». Il parait que la Force nous relie tous.

Pour la Lumière & pour la Vie.

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